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| ©André Chabot |
On
fait semblant. On attend mieux. On fait comme si il y avait un passage direct.
Et on attend. On attend mieux. Un enfant meurt et les parents te disent que
c'est ainsi, qu'il sera mieux. C'est
scandaleux.
Je
dis que le divin n'existe pas. L'homme a peur, ne comprend rien.
Oui,
j'ai peur moi aussi. Très très peur. Chabot, cabot parfois, chat botté et le
monde en sept lieux. Chabot, professeur Chabowski. Savant fou, poète de l'ici.
Petit à petit, j'ai admis que ça m'arriverait. Je ne dis pas que j'en suis
ravi. Longtemps, j'ai cru que la mort passerait à côté. J'ai pensé
l'immortalité. Je ne peux pas devenir immortel, c'est pas faute d'avoir tenté
mais ça n'a pas marché.
Tous
les hommes ne sont pas égaux. Les hommes ne sont pas libres. Tu n'es pas libre
puisque tu ne sais pas. Non, il n'y a pas de véritable liberté pour l'homme. Il
y a la pensée intime et le discours publique. La parole est mensonge. Mensonge
et tromperie. La question qui s'impose, c'est de laisser une trace. L'artiste
est un gars qui ne veut pas mourir. Autant dire les choses telles qu'elles
sont. Je veux laisser des archives, des installations, des bouquins. Autant et
au mieux que je pourrais. Je veux que quelqu'un, un jour, aille aux archives et
m'y trouve. Je ne suis pas Napoléon ou Hitler ou je ne sais quel troisième
couteau, mais j'ai envie qu'un zozo me trouve encore un petit peu quelque part.
S.O.S.
Je
cherche la recette de l'immortalité.
Plus
t'es salaud, plus t'es connu. Non mais c'est vrai. Je dis ce qui est.
Je
suis un âge où ça dégage sévèrement. Quand un copain meurt, la question c'est
forcément : qui sera le prochain. Dans les cimetières, c'était tranquille
avant. Sur les tombes, sur les plaques, il n'y avait que les dates de mes
aînés. Maintenant, c'est plus le cas. Je suis dans une zone dangereuse du
temps. Y a des turbulences, crois-moi.
Alors,
autre question qui vient, c'est la durée. Il faut ruser. Chaque matin, je me
dis : "Mon vieux Chabot, aujourd'hui, tu vas vivre quelque chose."
Ruser, c'est vivre. Vivre, c'est faire. Être un tube digestif, tu vois, c'est
pas intéressant. Ça m'emmerde la masse imbécile. Je dis ce qui est. Je veux pas
être un légume dans une petite voiture. Je veux continuer. Faire le double de livres.
J'veux voir des tas d'endroits. Faire le plus, le meilleur. C'est une pression,
une urgence.
Et
puis j'veux crever le premier. C'est Anne, mon exécuteur testamentaire. Pas de
cinéma, pas de film sur l'après ! Après y a plus rien à voir. Le corps devient
cadavre. L'Homme est un objet. Anne s'occupera des mes œuvres, de mon travail.
Par contre, il me manque l'explication. L'inexpliqué est amené à l'être.
L'inexpliqué demeure inexpliqué. Je suis contre le religieux, pas le spirituel.
C'est pour ça que je dis que l'artiste ne peut pas être un sous produit. Il
doit faire, pas refaire ou pomper ce qui a été fait. Tout est histoire de
personnalité. J'ai vécu 39 ans de mensonges dans l'Education. J'ai joué le jeu
avec l'administration, les parents. 39 ans d'ennui. Avec, de temps en temps, un
peu d'émotion. Je suis un peu brutal, je dis les choses comme elles sont.
C'est
l'urgence. Arachnée tisse sa toile. Moi, j'enjambe le langage, la réalité. Je
créé. Je suis rempli de choses à faire. De livres à éditer. De cimetière à
visiter. La mort est dans mon œuvre depuis toujours. Elle est fragment de rire,
pied de nez. Elle est frondeuse. Elle porte les hommes sans nom et le dortoir
des anges. Chabot, cabot parfois, chat botté et le monde en sept lieux. Chabot,
professeur Chabowski. Inventeur de mémoire, poète de l'ici. Je ne veux pas
subir le rétrécissement.
Pour découvrir l'oeuvre d'André Chabot :